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J'aime entendre ma pensée. Ou plutôt j'aime m'entendre penser. Lequel est le plus juste. J'aime penser que mon discours intérieur, soit-il moral parfois, cherche sa résonance dans la même interrogation que quelqu'un d'autre ou dans la même affirmation car il est bon de reconnaître les mêmes constats venant d'un autre. En fait, il n'y a rien de compliqué dans ce que je tente de dire sauf qu'on dirait que je tente de dire une chose sans en prononcer la négation. Autrement dit, si j'essaie de dire que penser est une chose solitaire, j'essaie aussi de dire que nous sommes des milliards à l'être et que nous sommes aussi des milliards à essayer de ne pas l'être. Et que nous sommes également des milliards à être reliés par cette machine à penser qui réside en soi. Quoiqu'on en pense. Est-il préférable d'être dans de tels états ou serait-il plus sain de contempler la corde à linge qui s'est frayée un chemin à travers les branches de l'arbre et qui avertissent le voisin dès lors que j'étends du linge à sécher sur ma corde qui elle est reliée à son poteau qui bouge à chaque fois que j'étends, preuve qu'il est difficile d'être seul. Ma réponse réside dans le fait que je ne trouve pas que ce soit du temps inutile, tout ce temps que je consacre à cerner le déroulement séquentiel des incidents quotidiens et les percevoir dans leur qualité avec laquelle ils s'alignent et viennent se greffer dans mon petit laboratoire à pensées. C'est l'endroit où je peux placer bout à bout à la fois tous les grands débats sociaux et à la fois tout le résiduel informatif à petite échelle qui vient se loger dans mes idées et que je découvre au fur et à mesure que je m'y attarde. J'essaie de comprendre quelque chose et de me le livrer avec ce que je peux nommer, rien d'autre. C'est un filon ayant comme émergence majeure le doute de la rencontre.
Ma solitude me touche. Tout le jour, l'on doit s'y frayer un chemin pour éviter qu'elle ne nous égorge. On est dans la course avec elle et il n'y a de place que pour deux. Tous les autres sont du surplus. Un duel dans la cour intérieure de mon esprit, c'est déjà bien assez. Je me conforme aux règles du jeu. Je lui laisse sa place, je prends la mienne, je me retire, elle en fait de même, il y a des heures qui passent et soudain je me rends compte que je la cherche, je dois la retrouver sinon je vais me retrouver seule. Quel paradoxe. Mais où donc est-elle? La voilà, je la retrouve très affairée dans un coin, à écrire une lettre pleine de sentiments à quelqu'un qui doit lui tenir à coeur je suppose. Bon dans ce cas, je vais écrire moi aussi. La préoccupation de savoir à qui je vais écrire va m'occuper suffisamment pour ne plus avoir besoin de ma duelle. Il est vrai que plus l'esprit est préoccupé, plus on est occupé. Et c'est à ce moment là que la solitude en prend un bon coup. Elle se retrouve seule à son tour. Je l'abandonne. Je la déjoue et je réussis constamment. Rien n'est définitif. L'air passe au travers des barreaux, j'ouvre la porte et je sors. Me voilà en pleine oeuvre, à la rencontre d'un amas chimique déambulant, un être qui occupera toutes les parcelles de mon corps et qui meublera toutes les incendies de mes esprits. Je suis hors de ma loge, tout est possible et je vais de ce pas tenter le tout pour le tout. Une vitrine m'attrape, elle me reluque, je me sens relique, je m'active parmi tous ces livres, ces couvertures vieilles et aguichantes, pleines de savoir que je ne connais pas, à quoi vaut de s'en faire avec son ignorance, trop de choses à retenir, impossible de tout savoir alors je trouverai toute seule. J'achète une plume. Je sors, émue de toutes les promesses contenues dans une plume, dans cette plume, je trébuche sur une pierre, celle de l'ignorance, je la ramasse, la place dans mon sac à plume, je respire et je suis heureuse. Je m'achète un café américain et je file tout droit chez moi, quelqu'un m'attend.
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